JUZIERS: un village d'artistes

Un très joli château décoré « d’un demi cintre comme fronton, avec deux pavillons, un petit perron, des toits d’ardoises… » Voilà comment se trouve décrit le château du Mesnil de Juziers où vécut le couple Eugène Manet et son épouse la célèbre peintre Berthe Morisot qui l’acquiert en premier lot le 29 novembre 1891. Julie Manet, fille de ce célèbre couple et héritière du château, n’en prendra possession qu’après son mariage en 1900 avec Ernest Rouard. Ils sont d’ailleurs les ancêtres de cette famille toujours propriétaire de ce magnifique manoir faisant la fierté de ce village de Juziers.

Berthe Morisot, née en 1841 à Bourges où son père fut préfet, s’installera avec sa famille à Paris en 1852. Elle s’intéresse très tôt à la peinture et suit les cours d’Alphonse Choquarne puis de Joseph Guichard élève d’Ingres. Elle rencontrera tous les grands noms de la peinture impressionniste ainsi qu’Édouard Manet dont elle épouse le frère Eugène en 1874. Sa fille Julie née en 1878 sera l’un de ses modèles préférés. Elle sera cofondatrice de la « Société anonyme des peintres, sculpteurs, graveurs » et intègrera le groupe des impressionnistes.

Le Château du Mesnil (vue côté jardins) – Aquarelle de Madeleine Arnold Tétard 2006

On ne compte plus les superbes bâtisses de ce village incontournable sur la route des Impressionnistes :

- le château du Bourg qui fut un ancien prieuré et servit au cours des âges aux moines commendataires puis à des seigneurs laïcs,

 - le château des Granges à l’origine une ferme du XVIIe siècle,

- le château de la Sergenterie qui fut autrefois la résidence d’un ministre de Napoléon III,

 - le château de la Rivière lui aussi domaine du Second Empire, ayant eu pour hôte privilégié Baroche autre ministre du Second Empire,

 - le château de la Chartre dominant le petit hameau lié à Juziers jusqu’en 1881, reste d’un ancien prieuré devenu ferme puis à nouveau château au XIXe siècle.

 Nous le constatons que de demeures seigneuriales dans un si petit village. L’Art architectural, dans toute son expression, réside à Juziers, sans compter la magnifique église du XIIe siècle, classée à l’inventaire des Monuments Historiques et qui est la seule église véritablement romane de notre proche région.

Le petit bourg d’autrefois, situé sur la rive droite de la Seine entre Mantes et Meulan, possède une origine lointaine nous amenant au XIe siècle. Les Romains y avaient même établi une voie se dirigeant vers Mantes, longeant les terres sur lesquelles l’abbaye ou plutôt le prieuré fut fondé quasiment accolé à l’église. En effet, en l’an 658, l’abbaye de Saint-Père en-Vallée, près de Chartres, possédait des biens à Juziers.

A la fin du Xe siècle, le village appartenait au comte Herbert dont la fille la princesse Letgarde donnera en 978 à cette abbaye de Saint-Père toute la terre de Juziers et y fondera en 987 un prieuré qui perdurera jusqu’en 1752. Tous les biens en seront vendus à la Révolution et il subira sous le Second Empire de telles transformations qu’il deviendra une charmante maison de campagne !

 S’y trouvait d’ailleurs tout proche la prison et l’auditoire de la ville.

Sous le règne de Saint-Louis eut lieu à Juziers une curieuse histoire : Une de ces peines expiatoires communes du Moyen-âge appelées « hachées » : Jean, prieur de Juziers, ayant été assassiné, les coupables furent condamnés à faire plusieurs processions, dont la première eut lieu à l’endroit de ce crime, jusqu’au tombeau du prieur.

Le blason de la ville de Juziers émane de celui de Saint-Père-en-Vallée. Celui-ci se présentait par la description héraldique suivante : « deux clés en sautoir, traversées par une Épée en pal, sur champ de gueules, surmontées d’une couronne de comte, et de chaque côté de l’écu étaient une mitre et une crosse », description qui permit d’ailleurs la reconstitution des armes de l’abbaye dont furent tirées les Armes de la ville.

Ce blason fut créé en 1944. Il se trouve une simplification de celui de l’abbaye, et ils en ont conservé malgré tout les clefs et l’épée. Ni les symboles religieux, ni ceux de la noblesse : mitre, crosse, couronne comtale n’ont subsisté. Au centre se trouve placé l’écu de l’Île-de-France : cinq fleurs de lys sur fond d’azur, trois tours surmontant l’ensemble.

D’autres grands noms de l’Art ou tout simplement des Lettres sont passés par Juziers, tel que Ferdinand Sigismond Bach né à Stuttgart en 1859 qui y écrivit des pages entières de récits de voyages, de romans et biographies jusqu’en 1952 date de son décès. Il s’installa à Juziers en 1898 en y achetant un terrain dans les bois d’Apremont et y habita un petit « ermitage », dont il dessina les plans lui-même, où il demeurera pendant sept ans.

Berthier de Sauvigny autre grand nom de l’Histoire, dessina le plan d’Intendance de la paroisse de Juziers en 1786. Son nom est resté dans l’histoire de ce village car Henry, un de ses descendants, épousera en 1929 Nicole de Bérulle, fille unique de Marie Busson-Billault marquise de Bérulle, héritière du domaine de la Sergenterie.

Autre représentant d’un autre Art à Juziers, la musique, monsieur Isidore-Louis Mache premier prix de violon au Conservatoire national de musique de Paris. Il devint à Juziers professeur de musique et s’installa à Apremont de Juziers où il prit la direction de la chorale des écoles et de la fanfare municipale de 1930 à 1946.

aAutre illustre habitante de Juziers, il nous faut également évoquer Saint-Clair pseudonyme qu’elle utilisera pour la publication de ses 25 ouvrages, de son vrai nom Simone Augustine Marie Juliette Leplat née en 1896.

Elle fut propriétaire à Juziers et même conseillère municipale et intercédera auprès du ministre de la Culture pour la restauration des vitraux de l’église de Juziers (1953-1965).

Elle quittera ce monde en 1975 et est inhumée à Juziers.




 Il est donc indéniable que l’Art a frôlé de son aile le village de Juziers!!

Madeleine Arnold Tétard

Sources : Mantes et son Arrondissement de V. Bourselet et H. Clérisse Éditions du temps

PARIS Juziers page 222 et suivantes.

Juziers dans l’Histoire – Ghislaine Denisot – Jean Leblond – Maurice Morin – Éditions JDH 2008 – extraits.

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